Les Étrangers de L’intérieur : Filières, Trafics Et Xénophobie

De Lamia Missaoui
2003, Éditions Payot & Rivages, Paris
ISBN 2-228-89722-1

Existe-il un lien entre les « bonnes familles » françaises, espagnoles, italiennes, ou autres, et le trafic de stupéfiants? Si vous avez répondu que non, vous devriez lire cet ouvrage. Si vous dites oui, vous apprendrez quel esty ce lien en lisant ce livre. Lamia Missaoui est docteur en sociologie et chercheur au laboratoire du Centre national des recherches sociales (CNRS) et enseigne au niveau universitaire, Versailles-Saint-Quentin–en-Yvelines. Les recherches de l’auteur se penchent surtout sur les Gitans, qu’on appelle en Russie les tziganes, mais aussi connus sous le nom de romanichelles, ou « gypsies » en anglais. Au fur et à mesure que l’Europe se réunit et s’exprime il va de soi que de nombreux peuples, ou ethnies se trouvent sinon étoufées, tout au moins écartées du processus. Les Gitans catalans et andalous qui traversent les frontières franco-espagnoles – avec ou sans marchandises- sont donc devenus l’objet des études de Missaoui, et finissent par devenir des balises déontologiques pour le projet européen, bien que l’auteur ne le formule pas si ouvertement. Il s’agit de son premier ouvrage, ancré dans ses premières recherches de doctorat dans le domaine du trafic de stupéfiants. Mais c,est en faisant ses recherches que l’auteur s’est aperçue qu’il ne suffisaitplus d emontrer du doigt « les ethnics », et le Gitans en premier lieu. J’ai bien aperçu, écrit-elle, des jeunes de « bonne famille » qui ne manquaient pas de fréquenter les lieux d’approvisionnement de stupéfiants. Ce sont ces observations qui l’ont forcé à poser des questions : `ces jeunes sont-ils en train de rejoindre les Gitans dans ce qu’elle appelle une nouvelle estranéité de l’intérieur – d’où le titre du livre.

C’est en utilisant l’unité sociale de la famille que Missaoui tire ses conclusions les plus stupéfiantes. En effet, depuis la deuxième guerre mondiale, au moins, les Gitans - mais aussi les familles qui ont fuit le régime de Vichy – se sont installés non pas dans des pays, mais à travers le sfrontières de pays, c’est-à-dire que ce sont des familles transfrontalières. Grâce à circonstance ussi historique que fortuite, des cloisonnemnts, des brouillages et des défenses son tinstallés dans les réseaux commerciaux que ne se livrent pas facilement aux analyses traditionnelles de la police. Mais Missaoui s,empresse d’ajouter que’il ne s’agit pas uniquement de Gitans. Dans le bassin méditerranéen, par exemple, nombreuses osn tles alliances transfrontalières impliquant Maghrébins, Libanais, Turcs, Italiens et Sénégalais, en passant par les espagnols et les Français. Tous font du commerce, mais tous respectent des alliances, et placent leurs confiance ds des réseaux familiaux. Suffit-il de catégoriser ce commerce de « mafias » ?

Dans un chapitre intitulé « Comment les jeunes de « bonne famille » furent solicités, Missaoui donne de nombreux exemples de converstaions enregistrées entre Gitans, commerçants, Français, ou autres et de futurs « porteurs » : …[I]ls ont vite comnpris leur chance : des « Blancs » à leur merci, et des bons Blancs, les plus loin de leur façon de vivre, les modèles qu’on approche jamais, dans leur tête : tu vois ça, un étudiant futur ingénieur de Toulouse, futur pharmacien de Montpelier, un fils à papa qui tiendra bientôt une belle boutique, un jeun paysan qui va acheter des eterres. … et surtout des jeuns qui ont de l’influence sur d’autres jeunes comm eeux, qui peuvent ouvrir un marché inaccessible pour tous, qui sont bien placés, par leur âge… » Suivent des témoignages : une jeune a réussi à faire accrocher une douzwein de jeuens dans la « coke, un autre dans « ectasy » , un autre dans l’héroïne. Mais l’auteur s’abstient de juger. Le livre ne fournissant que trois tables de statistiques intemporelles, et dépourvu d’analyse approfondies sur les tendances des jeunes européens – qu’ils soient ou ou non incrits dans ce grand projet politique - il demeure difficile, au fil des pages, de tirer la moindre leçon; toutefois on se sent le besoin d’abandonner des préjugés. Cet abadon des concusions fortuites est d’autant plus facile que Missaoui fournit autant de témoignages contradictoire : qu’il s’agisse d’un Français que oeuvre depuis des années avec des Noirs, des Marocains, et des espagnols dans le commerce des drogues (la cocaïne et l’héroïne surout), sans qu’un seuld’ntre eux en fasse l’usage, et que de famille en famille ils apprennent à se respecter et se fonder un réseau de plus en plus sûr, sans glisser dans la saleté et la dégradation, mais en observant gravement les évidences :prostitution, dépendance, services et ventes aux touristes amateurs, ou piégés.

Il s’agit donc d’un phénomène trans-frontalier, mais aussi d’un projet commercial, et d’un succès familial, dans ce sens que les valeurs de la franchise, le travail, et la confiance semblent générer des bénéfices. Comme le suggère une jeune marocaine inscrite à l’université, en «observant les catholiques espagnoles, par exemple, qui sont bourrés de vices et de défaut, et ils sont conseillés par des prêtres, qui viennent d’ailleurs d’autre part, du Vatican ou du Ciel, et qui parlent comme s’ils n’avaient aucun des défauts et des tares du « petit peuple de Dieu. » Tu remplaces la religion par la dure (héroïne, cocaïne), tu considères qu’elle vient de partout, comme la foi (tu as compris maintenant qu’on la produit partout?), qu’on est dans un moment de vastes conversions et que nous sommes les nouveaux prêtres. La morale et le bénéfice pour nous, la comnsommation pour eux, et les souffrances. » Ce sont ces propos que Missaoui, dans son langage acad.émique apeplle un véritable manifeste de l’étranger de l’intérieur.

Le pont trans-racial que dresse ce professeur de sociologie est le suivant : les valeurs conservatrices, voire même religieuses des milieux sociaux haut-placés et forte cohésion facilite, prot`ge, et habilite même les carrières des trafiquants. Force lui a été de conclure que de se pencher d’abord et seulement sur les Gitans et autres « étrangers » ne suffisait pas : il était évident qu’il y avait aussi un échange de valeurs : saines valeurs, protection, bénéfice et succès semblaient aller main dans la main.

Missaoui réiussit en 245 pages a déboulonner les constructions d’ethnies, de classes sociales et de réussites en nous montrant comment les plus favorisés fréquentent les plus d.émusins. Elle nous pose la question suivante en se fondant sur cinq ans d’observations: comment peut-on construire une Europe sans y inclure ces populations tsiganes si longtemps poussées dans terrains vagues et des taudis sans issue ? Plus les avenirs sont démunis d’espoir, plus l’être humain semble trouver des forces de la détermination. D’où sort-elle, cette envie de réussir ? Est-ce bien les « bonnes familles » qui troquent leur argent pour des stupéfiants, ou s’agit-il plutôt d’un échange un autre niveau ou les préjugés raciaux et sociaux sont effacés par les besoins biologiques, psychotrpoqies et une exigence d’appartenance ? Missaoui pose plus des questions qu’elle n’offre de réponses, et sa méthode est tout aussi valable au Canada.

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